Bronzes et dorures : information et restauration/préservation

Last updated on June 28, 2021

(In French, en français): Below are notes on the restoration and preservation of bronzes and gilded decorative elements from eighteenth century France. These were taken from various audio webcasts and a zoom call, from practitioners of conservation and restoration in France.

Un excellent livre, incontournable vraiment, sur le sujet des bronzes dorés, est celui de Pierre Verlet intitulé “Les Bronzes dorés français du XVIIIe siècle”, publié par les éditions Picard en 1987, deuxième édition en 1999. C’est un livre volumineux, contenant une quantité phénoménale d’informations de toutes sortes sur le sujet, et qui devrait grandement intéresser quiconque ayant un intérêt pour ce sujet fascinant. Verlet fût pendant 30 ans conservateur au département des objets d’art au Louvre, et sa connaissance encyclopédique sur le sujet est manifeste à chaque page.

Notes: restauration et préservation de bronzes et dorures

Le site de l’Institut national du patrimoine contient une médiathèque numérique (http://mediatheque-numerique.inp.fr/) offrant de nombreux articles et fichiers audio de présentations offertes ces dernières années sur ce sujet, par des maîtres dans la matière. Les notes ci-dessous sont en partie ma transcription provenant des présentations de plusieurs experts, dont Roberta Cortopassi, Caroline Thomas, Dominique Robcis, Roland Février, Marc Voisot et Frédéric Darras. Je les assemble ici pour référence personnelle, ainsi que pour l’usage de ceux et celles qui pourraient être intéressés par ce sujet. Selon mon expérience, les restaurateurs professionnels commerciaux ne partagent pas souvent leurs procédés et techniques sur ce sujet. Il est donc utile d’apprendre de restaurateurs professionnels institutionnels, associés aux musées etc. L’information ci-bas provient de certains de ces experts, partageant leurs découvertes et expérience entre eux.

1. Durant la restauration d’un cartel Boulle, (Cortopassi en 2017) on a découvert plusieurs choses, grâce souvent à des analyses scientifiques sophistiquées: la colle originale provenait de mammifères; la colle de réparation utilisée au XIXe siècle provenait de poisson; une quantité considérable de mercure était présente dans l’étain, ce qui est utilisé pour donner à celui-ci un aspect plus dur et plus blanc; les bronzes étaient dorés à l’amalgame à l’origine, et redorés à l’électrolyse au XIX et XXe siècles; une gomme lacque fût utilisée pour la protection des surfaces; le traitement des bronzes dorés fût effectué uniquement par un générateur de vapeur (il faut faire attention de ne pas trop nettoyer, sinon les bronzes ont un fini trop brillant qui domine la marqueterie Boulle); une lampe infrarouge fournit la chaleur nécessaire pour regénérer les colles anciennes sous les composantes décolantes; la nouvelle colle utilisée fût à base de poisson.

(Un document contemporain qui pourrait offrir des informations utiles est L’Art du menuisier – ébéniste, par Roubo, en 1769).

2. Réinventer en restauration du mobilier doré : la redorure en question, (22/03/2016)
Caroline Thomas, conservatrice au département de la restauration du C2RMF, Dominique Robcis, chef de travaux d’art au C2RMF, et Roland Février, chef de travaux d’art au C2RMF. Résumé: Le mobilier doré constitue un domaine qui a longtemps été en marge des questionnements déontologiques de la conservation-restauration moderne. La recherche appliquée à la restauration vise à faire évoluer cette situation, en élargissant la palette des propositions permettant de traiter les lacunes de dorure. Alors que les produits de substitution tels que micas et aquarelles sont souvent suffisants, ils ont aussi leurs limites qui amènent parfois à redorer à la feuille. Or, cette pose de nouvelles feuilles d’or suivant les gestes traditionnels reste un acte irréversible qui ne permet pas de distinguer les redorures des parties anciennes. Cette réalité amène à se questionner sur la réversibilité ou la traçabilité des matériaux employés. Ainsi, des pistes de recherches intégrant ces paramètres, et portant aussi bien sur les préparations et les adhésifs que sur les feuilles d’or, seront présentées et discutées.  Notes: la réversibilité et la visibilité des interventions, souvent minimalistes et mesurées, sont primordiales; les mobiliers étaient originalement utilitaires et fonctionnels et ont été entretenus ainsi – aujourd’hui on accepte mieux les usures comme faisant partie de l’objet et de son intégrité; souvent des objets à dorure usée peuvent être traités d’une manière peu interventioniste, pour mieux harmoniser avec le reste de l’objet (ne pas rendre la re-dorure excessive); afin d’éviter une re-dorure systématique, on peut utiliser des substituts à la feuille d’or ou des produits colorés; parfois on se sert de retouche à l’acquarelle ou au mica; dans le passé on utilisait souvent la bronzine (poudre de laiton mélangée à gomme lacque) et la cire dorée (poudre de laiton mélangée à cire ou paraffine) – ces techniques souvent trop excessives résultaient en un mauvais vieillissement (oxidation), et les solvents utilisés pour retirer la bronzine peuvent retirer aussi la dorure originale; on se sert quelque fois maintenant d’une fine couche de cire microcrystalline, puis une feuille d’or – ceci est réversible et identifie l’intervention; un vernis or, imitant l’or véritable, fût souvent utilisé au XIXe siècle.

3. Marc Voisot, Conservateur-restaurateur, Indépendant, restauration@atelierchronos.com: RECENSION DES RECETTES ET PROCÉDÉS DE DORURE DU LAITON PRATIQUÉS EN FRANCE DU XVIe AU XIXe SIÈCLES. Présenté le 18 et 19 janvier 2021.

Cette recension est un projet d’envergure de recherche de documentation contemporaine de nombreux auteurs et sous de nombreuses éditions, dont les connaissances sont cataloguées, comparées, et catégorisées selon les rubriques suivantes:

A – Les préparations de l’or et de sa mine.
B – Les préparations de l’amalgame.
C – Les fabrications de l’or moulu
D – Les préparations du métal avant la dorure.
E – Les techniques d’application de la dorure.
F – Les techniques du brunissage de la dorure.
G – Les techniques de matification de la dorure.
H – Les techniques de mise en couleur de l’or.
I – Les techniques de mise en couleur de la dorure.
J – Techniques de mise en couleur d’or.
K – Les techniques de dé-dorure et de retraitement des déchets d’atelier.

Du texte de l’auteur: La question des bronzes, laitons, alliages cuivreux, dans la dorure est doublement complexe. D’une part le métal de support porte des dénominations variables selon les époques comme « bronze », « cuivre jaune », « laiton », « letton », « cuivre », « Orchal »… il s’agit dans l’immense majorité des cas, de ce que l’on nomme, de nos jours, du laiton ; soit un alliage quaternaire de cuivre (85 % à 65 %) de calamine de zinc ( 30 % à 12%) de plomb ( 3 % à 0,5%) d’étain (0,2 % à 1,5%).

Ce travail de recension donne, pour un seul siècle pris en exemple, un nombre important d’informations sur les techniques de la dorure du métal. On comprendra l’utilité de cette action si l’on compare ces résultats aux quelques méthodes trop simplifiées que l’on expose ou oppose régulièrement, comme la « dorure au mercure » et la « dorure électrolytique ». Il existe de nombreuses techniques de dorure, que l’étude bibliographique des siècles suivants va sans cesse amplifier. Ce qui est capital dans ce travail est, entre autres, l’absolue certitude de l’application systématique de la mise en couleur de l’or et de la dorure, car on recense, à ce jour pour ce seul siècle, 15 recettes relevant de cette catégorie. Cette technique décorative essentielle et consubstantielle à la dorure à de nos jours intégralement disparu. Il n’existe plus nulle part, dans aucune collection publique, une seule œuvre de laiton doré qui ne soit présentée avec sa mise en couleur.
C’est cet oubli capital qui a justifié les années de recherches passées et à venir, afin que la preuve indiscutable et factuelle de l’établissement de la dorure soit établie ; que les bronzes dorés puissent renaître au regard des visiteurs tels qu’ils étaient si habilement habillés de leur couleur d’or. C’est une révolution culturelle et décorative pour laquelle il faut encore se battre, tellement nos regards se sont habitués à ce qui aurait été inconcevable entre la renaissance et la fin du XIXe siècle : admirer un bronze doré mis à nu !

http://mediatheque-numerique.inp.fr/Colloques/Metal-support-de-decor-ou-element-du-decor.-Approches-et-Traitements-pour-leur-conservation-restauration/Recension-des-recettes-et-procedes-de-dorure-du-laiton-pratiques-en-France-du-XVIe-au-XIXe-siecles

Voici quelques notes transcrites de la présentation orale au lien ci-haut: la dorure est complémentaire à la ciselure, et ne doit pas modifier ou masquer tout le travail du ciseleur; entre 1650-70 la ciselure était de pauvre qualité, depuis 1690-1700 elle s’est améliorée considérablement; du milieu du XVII on voit de la dorure à l’amalgame avec accroche acide forte (nitrate de mercure); étamer la pièce au mercure avant l’application de l’amalgame; intégralement généralisé au XVIIIe; terre de potier ou terre de pipe comme épargne pour les revers (souvent une erreur de croire qu’il s’agit de sable de fonte); si la terre à pipe est encore présente derrière les bronzes c’est un signe qu’ils n’ont pas subi un nettoyage trop agressif et qu’il y a une chance de retrouver certains des produits utilisés dans l’élaboration de la dorure (par analyse technique j’assume); souvent des “restaurateurs” ou antiquaires vont effectuer une patination et vieillissement artificiels, cependant personne ne peut imiter une patine ancienne parce ce qu’il faut 300 ans pour y arriver; à l’époque on utilisait une technique de coloration (mise en couleur) pour éviter le clinquant d’une dorure trop brillante; une bouillie ou sauce était utilisée pour la “mise en couleur”, contenant du fer, de l’oxygène, de l’aluminium, silicium; il est important de ne jamais nettoyer les revers des bronzes!; évolution du nettoyage – potassique – vapeur – gomme etc.; Voisot recommande de ne pas nettoyer les bronzes, seulement avec de l’eau et un savon à pH neutre; sinon les dommages irréversibles empêcheront de comprendre les processus originaux de dorure et mise en couleur des bronzes.

(Note: Une publication du Louvre, Technè No. 49, publiera plusieurs articles sur ce sujet en Décembre 2021)

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