Restauration et Préservation d’horlogerie ancienne

Last updated on January 3, 2022

Ce sujet est important à considérer lorsque l’acquisition d’une pièce d’horlogerie ancienne révèle des défauts ou lacunes qui demandent à être adressés par le nouveau propriétaire. Celui- ou celle-ci doit se poser des questions du genre: quelle est l’originalité de tous les éléments de cet objet historique, le mouvement mécanique, la condition du boîtier en bois ou en laiton doré, le fini appliqué à ce boîtier, etc. Et à quel point est-ce que les divers problèmes reliés à l’état (original ou non) de ces éléments doivent être corrigés pour stabiliser l’objet pour les prochaines décennies, lui redonner une partie de sa beauté originale, sans pour cela sacrifier tous les aspects du passage du temps, qui après tout font partie intégrale de la vie et du passé de l’objet.

Plusieurs approches sont disponibles pour adresser ces différentes imperfections ou lacunes, qui peuvent être identifiées comme faisant partie d’un continuum axé vers la réparation, restauration, préservation, conservation, ou une combinaison de ces approches plus ou moins actives et modifiantes.

Depuis quelques décennies, l’approche préconisée en est une plus axée vers la préservation et la conservation de l’objet, plutôt qu’une restauration ou réparation poussée qui risque d’endommager encore plus le caractère historique original de l’objet, qu’il ne l’aie déjà été fait par des réparations diverses effectuées durant les siècles passés, par des ouvriers plus ou moins habiles, où l’entretien était moins soucieux de préserver les éléments originaux ou aspects historiques.

Un excellent texte qui discute la nécessité de ce changement d’approche, en ce qui concerne la restauration du patrimoine mobilier, est celui-ci: “De l’ébéniste au restaurateur du patrimoine mobilier”, par Jean Perfettini, restaurateur de mobilier, supports de bois, et objets d’art. L’auteur réfère principalement à la restauration du cabinet (en bois ou bronze ou combinaison des deux), qui ne constitue qu’un aspect d’un pendule ou une horloge antique. Car il y a aussi la partie mécanique (le mouvement) ainsi que le cadran, les aiguilles, le timbre, et tous les autres composantes de l’objet. Ces autres aspects seront discutés séparément dans cet article. L’introduction de Perfettini est la suivante:

La restauration de mobilier fait partie d’un ensemble de métiers ayant pour but la conservation et la restauration du patrimoine et elle ne doit pas être une spécialité complètement déconnectée des autres. Aussi est-il toujours intéressant de favoriser les contacts avec ces autres disciplines, soit au sein des écoles de restauration, soit sur des chantiers de restauration pluridisciplinaires.

Lors de ces échanges, on se rend compte que l’état de la réflexion sur le statut de l’oeuvre d’art et sur les méthodes et produits utilisés en restauration est beaucoup plus avancé dans le domaine des arts graphiques ou textiles, pour ne citer que ceux-là, que dans le domaine du mobilier. Dans ces spécialités, le souci de la conservation de l’oeuvre originale dans son intégrité prend naturellement le pas sur les notions d’esthétique ou de solidité. Depuis une dizaine d’années, cette notion de conservation a lentement progressé chez les restaurateurs de mobilier, mais elle a encore du mal à s’imposer, et le poids de la tradition artisanale, qui a par ailleurs tant contribué à la renommée des arts décoratifs français, pèse encore lourd.

Après avoir dressé un sommaire des pratiques usuelles de restauration avant et après 1980, l’auteur conclue son texte avec ces paragraphes:

Force est de constater que le restaurateur de mobilier n’est plus ce qu’il était ! Un fossé s’est creusé entre cette nouvelle profession et l’ébénisterie. Les ébénistes formés à la fabrication de meubles sont actuellement obligés de s’adapter à l’évolution de leur profession, qui les conduisent à utiliser des matériaux et des techniques modernes (médium, stratifié…) qui n’ont plus grand-chose à voir avec les meubles anciens.

Mais comme le marché se restreint sous la pression des géants de l’ameublement industriel, les ébénistes, pour survivre, continuent à exercer la restauration, qui constitue un marché, sans avoir reçu de formation spécifique.

Pourtant le métier de restaurateur est maintenant clairement défini et se base sur des chartes déontologiques précises que chacun se doit de suivre et de respecter. Et s’il est vrai que les formations qui se sont mises en place deviennent le passage obligé pour tout restaurateur désirant intervenir dans le cadre des collections publiques, on peut néanmoins encore s’inquiéter à l’idée que les oeuvres d’art du patrimoine privé, qui représente plus de 50 % du patrimoine national, puissent être confiées à des ébénistes non formés à la restauration.

Le restaurateur de mobilier a pris ses distances par rapport à l’artisanat et aux métiers d’art. Cela ne veut pas dire qu’individuellement, il ne soit pas pour la défense et la revalorisation de ces métiers d’art, mais que le ” restaurateur du patrimoine mobilier ” n’en fait tout simplement plus partie ; la conservation-restauration procède d’une autre démarche, d’une autre sensibilité et d’une autre culture.

Le cartel d’applique ci-bas signé Julien Le Roy, qui est décrit ailleurs sur ce site, fait certainement partie du “50% du patrimoine national français” auquel Perfettini fait allusion, et est maintenant confié à un propriétaire consciencieux, non-ébéniste et non-formé dans la restauration, mais très soucieux quand même d’appliquer les techniques et philosophies de préservation et conservation en ce qui attrait à ce très bel objet, artistique et fonctionnel, et d’une valeur historique sans équivoque.

La lecture de textes comme celui de Perfettini permet à un propriétaire responsable et soucieux d’au moins se familiariser avec les différents aspects du sujet, mieux apprécier les défis auxquels font face les restaurateurs des collections publiques, et s’aider à adopter des bonnes pratiques soi-même, ou trouver un restaurateur capable de rendre justice au patrimoine dans lequel l’objet s’imbrique. Car n’importe quel amateur qui appartient un tel objet n’est que son gardien pour une courte période de temps, et responsable d’éventuellement le passer à la prochaine génération dans un meilleur état pour la postérité.

(D’autres textes sur ce sujet seront ajoutés à cet article)

Be First to Comment

Leave a Reply

Your email address will not be published.