Encyclopédie Diderot & d’Alembert – horlogerie (Le Roy et Sully)

Last updated on February 28, 2022

Cet article discutera de la grande quantité d’information sur le domaine de l’horlogerie, qui fût inclu dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, publiée entre 1751 et 1772 (textes et planches). En particulier, l’introduction au recueil de planches d’horlogerie inclue des références intéressantes à Julien Le Roy et Henry Sully.

This article will discuss the vast quantity of information on horology that was included in the Encyclopédie of Diderot and D’Alembert, published between 1751 and 1772 (text and figures). In particular, the introductory text to the collection of horological plates includes an interesting reference to Julien Le Roy and Henry Sully.

Le site suivant est excellent et dédié à l’étude de ce vaste travail encyclopédique du XVIIIième siècle.

http://enccre.academie-sciences.fr/encyclopedie/

Une information capitale récemment révélée à l’auteur est que le deuxième fils de Julien Le Roy (1686-1759), Jean-Baptiste (1720-1800), fût l’auteur de la majorité des articles sur l’horlogerie contenus dans l’Encyclopédie. A lui seul, il aurait écrit de nombreux articles sur ce sujet (en plus de nombreux articles sur d’autres sujets scientifiques).

Étant le fils de l’illustre horloger parisien Julien Le Roy, Jean-Baptiste avait pour ainsi dire été élevé dans l’atelier de son père, où il aurait été introduit aux divers aspects de cette discipline à un jeune âge. Son frère ainé, Pierre (1717-1785), allait suivre dans la profession familiale et devenir un horloger très renommé. Jean-Baptiste, après d’excellentes études – tout comme ses deux autres frères Julien-David (1724-1805), architecte, et Charles (1726-1779), médecin et professeur – était devenu physiciste et avait été fait membre de l’Académie des sciences.

Mais il semble qu’il n’avait jamais oublié ou délaissé les vastes informations sur l’horlogerie, et qu’il les mis à profit lorsque Diderot lui demanda d’écrire la majorité des articles à ce sujet dans l’Encyclopédie.

Notice bibliographique sur J. B. Le Roy, par Frank A. Kafker:

Jean Baptiste Le Roy (1720-1800)
Frère de Charles Le Roy. Technicien et savant. Un des plus importants collaborateurs en matière technique, y compris l’étude des instruments scientifiques, auteur de plus de 100 articles. Plus orienté vers les applications pratiques de la science que vers les théories, il avait au moins un domaine où s’affirmait son excellence : l’électricité. Élu à l’Académie royale des Sciences en 1751, il lui consacra quelque 190 comptes rendus pour la seule période de l’Ancien Régime. Il appartenait aussi à la Royal Society de Londres et à la Société américaine de philosophie. Il appuya les réformes pratiques pendant la Révolution étant membre du Bureau de consultation des Arts et Métiers de 1791 à 1796 et, après la Terreur, un des responsables du Conservatoire. Il entra à l’Institut en 1795.

Marques et signatures de J. B. Le Roy dans les textes de l’Encyclopédie:
(T.)
T
Art. de M. le Roi
(T)

Indications bibliographiques

L. Greenbaum, «Tempest in the Academy : Jean-Baptiste Le Roy, the Paris Academy of Sciences and the project of a new Hôtel- Dieu», Archives internationales d’histoire des sciences, 24 (1974), p. 122-140.

Ci-bas, du site mentionné ci-haut, est une longue liste de certains des articles rédigés par Jean-Baptiste Le Roy pour l’Encyclopédie.

ACCROCHEMENT, parmi les Horlogers
Adoucir, terme d’Horlogerie
Aiguille, en Horlogerie
Ailes, les Horlogers
Aléser, terme d’Horlogerie
Alésoir, outil d’Horlogerie
Anneau astronomique, ou universel
ARBALÊTE, (Art militaire.)
ARBALESTRILLE
Arbre, Mécanique Dans l’art de bâtir dans la Charpenterie Chez les Cardeurs Chez les Cartonniers Chez les friseurs d’étoffes Chez les Fileurs d’or Chez les Horlogers Chez les Imprimeurs
Arrondir, parmi les Horlogers
Assiette, les Horlogers
Astrolabe ou Astrolabe de mer
Balancier, (terme d’Horloger)
Banc à river
Barrette, en Horlogerie
Barrillet, Horlogers
Bascule
Baton de Jacob
Battemens, en Horlogerie
BINOCLE, ou TÉLESCOPE BINOCULAIRE
Boîte de montre
Bouchon de contre-potence, parmi les Horlogers
BOULEAU, (Hist. nat. bot.)
Branle, en Horlogerie
BRUNISSOIR, (Art méchan. en métaux.)
Cadran, dans les horloges
CADRATURE, les Horlogers
CADRATURIER, Horlogers
Cage, Horlogerie
Calibre, dans l’Horlogerie
Calibre, chez les Horlogers
CALIBRER, (Horlogerie.)
Calotte, Horlogers
Canon, (parmi les Horlogers.)
CAPELAN, (Hist. nat. Ichth.)
CARILLON, (Horlogerie.)
Chaîne de montre, (Horloger.)
Chamfrein, parmi les Horlogers
CHAMFRINER, parmi les Horlogers & autres ouvriers travaillant les métaux
Chaperon, parmi les Horlogers
Charniere petite, Horlogers
Chaussée, terme d’Horlogerie
Chronometre, (Horlog.)
Chûte, terme d’Horlogerie
CLIQUET, dans l’Horlogerie
Commotion, (Physiq.)
Compas azimuthal
Compas, en Horlogerie
Compas d’épaisseur ou Huit de chiffre
Compas au tiers
Conducteur, (Physiq.)
Conduite, terme d’horlogerie
CONDYLE, terme d’Anatomie
CONTRE-POTENCE, (Horlogerie.)
Coq
Coulisse, (Horlog.)
Coup foudroyant, expérience de Leyde ou de la commotion, (Physique)
Couteau, (Horlogerie.)
CRÉMAILLIERE
CREUSURE, (Horlogerie.)
Crochet ou Eschopes, en Horlogerie
Croisée, terme dont se servent les Horlogers
Crystal, (Horlog.)
CUIVROT, outil d’Horlogerie
CYCLOIDE, en Géomét.
Cylindre, terme d’Horlogerie
DÉCLINATEUR ou DÉCLINATOIRE, (Gnomon.)
DÉCLIQUETER, en Horlogerie
Dent, en Méchanique
Denture
DÉRIVOIR, (Horlogerie.)
Détente, dans l’Horlogerie
DÉTENTILLON, (Horlog.)
Doigt, (Horlogerie.)
DRAGEOIR, (Horlog.)
Echantillon, outil d’Horloger
ECHAPPEMENT, (Horlogerie.) parmi les Horlogers
Echappement, en Horlogerie
EFFLANQUER, terme d’Horlogerie
EGALER ou EGALIR, Horlogers
ELECTROMETRE, (Physiq.)
ELLIPSE, Horlogers
EMBISTAGE, Horlogers
ENARBRER, en Horlogerie
ENCLIQUETAGE, en Horlogerie
ENCLIQUETER, en Horlogerie
ENGRENAGE, (Horlogerie.)
Engrener, (Horlogerie) en méchanique
Equarrir un trou, parmi les Horlogers
EQUARRISSOIR, outil d’Horlogerie
Estampe, outil d’Horloger
Estamper, en Horlogerie
Etoile, (Horlogerie.)
ETOQUIAU, (Horlogerie.)
Faces de Pignon, terme d’Horlogerie
Faces, (outil à faire des), Horlogerie
Fausse-plaque, terme d’Horlogerie
Fenêtre, parmi les Horlogers
Fil de pignon, Horlogers
Filet, (Horlog.)
FINISSEUR, (Horlogerie.)
FOLIOT, (Horlogerie.)
Foret
Fourchette, en Horlogerie
Fraise, (Horlogerie.)
Fusée, (Horlogerie.)
GOUPILLE, Horlogers
GOUPILLER, terme d’Horlogerie
Goutte, parmi les Horlogers
GRIS NEZ
Guide Chaîne, ou Garde-Corde, (Horlog.)
HELIOMETRE ou ASTROMETRE, (Astron.)
Huile grasse, (Peinture.)
Nez de potence, terme d’Horlogerie
NOYON, en Horlogerie
OBJECTIF, (Dioptr.)
Œil d’un ressort, parmi les Horlogers
PINULES, (Géom.)
POLÉMOSCOPE, terme d’Optique
POLYOPTRE, terme d’Optique
Quart de cercle astronomique
Quartier anglois
Ressort spiral, parmi les Horlogers
Secteur astronomique
TÉLESCOPE, (Optiq. & Astr.)
Tube, en Astronomie

Je viens de recevoir le Recueil des Planches sur l’horlogerie, un facsimile publié par Bibliothèque de l’image en 2001. Dans ce livre, on affiche toutes les planches ainsi que leurs descriptions détaillées, telles qu’elles figurent dans les pages de l’Encyclopédie. Le livre inclue aussi un texte de plus de quatre pages, à colonne double, qui introduit le sujet de l’horlogerie en général. L’auteur de ce texte n’est pas identifié par une marque ou signature, telles qu’indiquées plus haut dans le cas de Jean-Baptiste Le Roy. Cependant l’auteur se réfère par endroits à la première personne, donc il s’agit sans doute d’un horloger (on sait que Romilly, Berthoud, et d’autres ont contribué des articles sur le sujet).

Une indication que Jean-Baptiste n’est probablement pas l’auteur de cette introduction au sujet, dans ce recueil des planches (qui fut publié quelque temps après l’encyclopédie telle quelle, si je me souviens bien), est que le texte réfère à “Julien le Roi”, alors que les membres de cette famille écrivaient généralement leur nom “Le Roy”. Cette section du texte introductoire réfère aussi à “Suly”, l’horloger anglais Henry Sully, ami de Julien. Je transcris le texte ci-bas (emphases en caractère gras sont les miennes) et ferai quelques commentaires dans des notes à la suite. Ces notes servent en partie à souligner que, seulement 10-20 ans après le décès de Julien Le Roi, plusieurs informations incorrectes s’introduisent dans son récit, comparé aux documents sources que j’ai consulté pour mes écrits sur ce sujet (incluant les paroles de Julien lui-même, dans l’édition 1737 du livre de Sully “Règle artificielle du temps”, qu’il contribua à ré-éditer, et dans lequel il inséra aussi ses propres mémoires). Il n’est pas surprenant que de nombreuses erreurs se retrouvent dans divers écrits sur Le Roy et Sully dans les années et siècles qui suivirent.

Il ne sera peut-être pas hors place de tracer ici l’historique de la perfection de l’Horlogerie en France, où elle s’est rendue si supérieure depuis quarante ans [1], qu’elle s’est acquise la plus haute réputation chez l’étranger même, qui la préfère actuellement à toute autre, parce qu’elle l’emporte véritablement par la bonté & par le goût.

Sous le règne de Louis XIV, tous les arts furent perfectionnés, l’Horlogerie seule en fut exceptée, soit qu’on n’y pensât pas, soit que le préjugé où l’on était alors de la bonté des ouvrages d’Angleterre, surtout de ceux de la méchanique, fût encore trop fort, elle resta dans un état de médiocrité qui ne la fit pas rechercher.

La régence fut l’époque de son changement. Law [2], cet ingénieux ministre des finances, se proposa de perfectionner l’Horlogerie, & de conserver à la France par ce moyen, des sommes qu’elle faisait passer à l’Angleterre en retour de la sienne. Dans ce dessein il attira beaucoup d’Anglois, il en forma une fabrique dont M. de Suly [3], qui avait pour l’horlogerie plus de génie que de talens [4], fut nommé directeur. Mais cette fabrique était trop bien imaginée pour que la jalousie angloise la laissât long-tems subsiter. Bien-tôt elle rappela ses sujets [5]. La plûpart s’en retournerent, & ne laisserent après eux que l’émulation établie par la concurrence. Julien le Roi parut, qui avait de son côté pour ce art plus de talens que de génie [6]. Il fut connu de Suly, en fut protégé [7], encouragé, & devint tellement amateur de bons ouvrages, que dès-lors il n’employa plus que de bons ouvriers [8], ou de ceux qui montroient des dispositions à le devenir. Il prit de l’horlogerie françoise & angloise ce qu’il y avait de bon. Il supprima de celle-ci les doubles boîtes, les timbres, & tous les secrets employés pour rendre les ouvrages plus difficiles à être démontés & réparés; de l’autre ces vains ornemens qui embellissent l’ouvrage sans le rendre meilleur [9]: enfin il composa, si l’on peut dire ainsi, une horlogerie mixte, en la rendant plus simple dans ses effets, plus aisée dans sa construction, & plus facile à être réparée & conservée. Et si son génie fut moins propre aux inventions tendant à rendre les montres plus justes, il ne s’est pas moins acquis beaucoup de célébrité par l’amour de son art, son application à faire des recherches, & par quelques heureuses tentatives.

L’on peut distinguer cinq parties essentielles dans l’Horlogerie. 1. La force motrice de la pesanteur ou du ressort. 2. Les engrenages qui transmettent cette force sur le régulateur. 3. L’échappement & son mécanisme pour entretenir le mouvement avec le moins de force sur le régulateur. 4. Le régulateur & sa figure pour l’intensité de sa puissance. 5. La quantité de vibrations qu’on doit donner au montres.

A s’en rapporter même à l’éloge fait par le fils [10] du célèbre auteur françois dont on vient de parler, n’est-il pas surprenant qu’il n’ait fait aucunes découvertes ni perfectionné aucun de ces objets [11]?

Les Génévois se sont distingués dans le nombre d’habiles ouvriers qu’il a occupés [12]: ils se perfectionnent plus dans un an à Paris, qu’ils n’auraient fait en dix ans à Londres, car l’on sait que les Anglois se font autant d’honneur de faire mystere de tout [13], que les François de n’en rien faire de rien.

Ce regne [14], qui ne le cede point au précédent sur les progrès des beaux-arts, a de plus l’avantage d’avoir produit toutes sortes de pieces d’Horlogerie, qui ont mérité l’approbation de l’académie royale des Sciences, tant par la beauté de l’exécution, que par la théorie qui a conduit l’artiste. [15]

Notes sur le texte ci-haut:

[1] Ce texte fut probablement écrit entre 1760 et 1770 (voir la référence à la note 10 au livre écrit par Pierre Le Roy en 1760). Donc l’auteur souligne l’amélioration de l’horlogerie française depuis environ 1720. Cette date coincide avec la manufacture d’horlogerie établie par Law et sous la direction de Sully, à Versailles en 1718. L’apport de certaines techniques anglaises, par les horlogers que Sully fit venir de Londres pour travailler à la manufacture, sans doute aidèrent aux horlogers français qui les côtoyaients, à améliorer leurs propres méthodes de travail et de fabrication horlogère.

[2] John Law (1671-1729) était un économiste et financier Écossais qui, bénéficiant d’une relation étroite avec le Régent, se fit confier la responsabilité d’améliorer les finances en France, qui étaient en triste état suite au décès de Louis XIV. En partie, Law tenta d’accomplir ceci en créant plusieurs manufactures en France, se servant d’ouvriers Anglais qui transférèrent leur savoir aux ouvriers Français, incluant dans le domaine de l’horlogerie.

[3] Henry Sully (1679-1728) était originaire du comté de Somerset, et fûàut formé en horlogerie dans l’atelier de Charles Gretton, un horloger éminent à Londres. Après son apprentissage, il alla s’installer aux Pays-Bas, y fonda une famille, puis se relocalisa en France (Paris et Versailles) où il passa les dernières années de sa vie. C’est à Paris qu’il se lia d’amitié avec Julien Le Roy avec qui il collabora sur des projets horlogers. Plusieurs articles sur Henry Sully figurent sur mon site timetales.ca, incluant un article détaillé que j’ai publié (en Anglais) décrivant ses relations avec Le Roy, dans le bulletin “Antiquarian Horology” de juin 2021.

[4] Il est intéressant que l’auteur suggére que Henry Sully n’avait pas autant de talents manuels pour l’horlogerie, qu’un certain génie pour l’expliquer dans ses écrits, et aussi introduire des nouvelles idées quant à la fabrication et l’opération des montres et pendules, surtout celles auxquelles il avait longtemps travaillé pour essayer de déterminer la longitude en mer. Sully est reconnu pour avoir très habilement construit des outils sophistiqués d’horlogerie (dont sa machine pour fendre les roues, qui est expliquée et démontrée en détails dans l’Encyclopédie). Il est difficile à penser que ses talents de constructeur de tels outils, joints à sa vaste connaissance de la construction et réparation de montres et pendules, aient permis à l’auteur de se prononcer négativement sur ses habilités d’horloger.

[5] Il est incorrect pour l’auteur de suggérer que le rappel des ouvriers anglais avait causé la fermeture de la manufacture de Law/Sully. En réalité, ce sont les conditions économiques négatives qui causèrent la fermeture, et les employés furent rapatriés vers l’Angleterre par la suite (et en grande partie par les efforts de Sully à cet effet).

[6] Ici, l’auteur suggère, à l’inverse de ce qu’il a dit plus haut au sujet de Sully, que Le Roy possédait des qualités admirables d’horloger, mais manquait de créativité ou “génie” pour formuler des améliorations dans la façon que les montres et pendules étaient fabriquées. Ceci va à l’encontre de plusieurs écrits sur Julien Le Roy, et en partie sa collaboration avec Sully sur une “montre de nouvelle construction”, que Sully présenta à l’Académie des sciences en 1716. Voir mon article détaillé à ce sujet dans Antiquarian Horology juin 2021. Aussi, on sait que Julien Le Roy avait inventé une manière radicalement différente de construire les grosses horloges. Selon Adolphe Chapiro dans “La montre française” (éditions de l’amateur 1991), Le Roy avait introduit de nombreuses innovations révolutionnaires dans la constuction de ses montres, qui furent adoptées par la majorité des horlogers parisiens dans leurs propres ouvrages. Chapiro résume les nombreuses améliorations de Le Roy en pages 105-112. Donc il me semble que l’auteur n’est pas justifié de suggérer que Julien Le Roy manquait de “génie”. Il existait des rivalités et jalousies entre certains des horlogers parisiens de cette époque, et ceci explique peut-être cette opinion exprimée par l’auteur. Aussi, vers la fin de la vie de Le Roy, plusieurs autres horlogers introduisirent toutes sortes d’inventions (différents types d’échappement par exemple), mais Le Roy semblait préférer construire les montres de façon traditionelle, cependant en assurant une grande qualité de fabrication.

[7] Certains auteurs, dont celui-ci, suggèrent une relation maître-élève entre Sully et Le Roy, dont je ne suis pas entièrement d’accord. Lorsque les deux horlogers se sont rencontrés en 1715-6, et travaillèrent ensemble sur le projet de la “montre de nouvelle construction, Le Roy avait 30 ans, était déjà un horloger d’une réputation indéniable à Paris, et maître de sa propre boutique depuis plusieurs années. Il apprit certainement certaines choses de Sully, qui était huit ans son ainé, et avait appris l’horlogerie en Angleterre dont il partagea une partie de son savoir avec son collaborateur. Mais la relation entre les deux horlogers était plus ou moins d’égal à égal, car les deux ont probablement partagé avec l’autre leurs connaissances et expériences individuelles. Sans doute que les capacités de Le Roy se sont enrichies quelque peu en ayant côtoyé Sully.

[8] Le Roy a toujours eu la réputation, surtout dans les dernières décennies de sa vie, d’employer d’excellents ouvriers et de les traiter admirablement, en ce qui concerne leur rémunération et de leurs conditions de travail. Il est certain qu’avant l’essor de l’horlogerie française, commençant vers 1720 tel qu’indiqué dans la note 1, les bons ouvriers à Paris n’étaient pas aussi nombreux que les mauvais, donc Le Roy a du être perspicace afin de s’entourer d’un groupe d’ouvriers de plus en plus performants au cours des années, ce qui contribua à la réputation des produits sortant de son atelier. Évidemment, Le Roy contribuait à l’excellence de ses ouvriers par les sages directions qu’il leur fournissait dans leur travail, et par sa vérification en tant que maître, de la qualité des produits qui sortaient de son atelier.

[9] Cette approche de préconiser une emphase sur les attributs mécaniques importants au bon fonctionnement d’une montre, et de minimiser ou éliminer la majorité des complications et ornements sans utilité autre que d’attirer l’attention des acheteurs, fût communiquée très fortement dans le livre de Sully (Règle artificielle du tems, 1714 et 1717). C’est possiblement un aspect du transfert de savoir entre Sully et Julien Le Roy, où l’anglais poussa ce dernier à favoriser ce genre de construction simple mais fiable, et offrant une grande précision dans la mesure du temps.

[10] L’auteur réfère ici au fils ainé de Julien Le Roy, Pierre, qui prit en main l’atelier de son père au décès de celui-ci, en 1759. En 1760, dans son livre intitulé “Étrennes chronométriques”, Pierre inséra une éloge à son père, auquel l’auteur du texte semble faire référence ici. Je ne suis pas entièrement certain en quoi cette éloge consiste car je ne l’ai jamais lue: ce livre est très rare et dispendieux, et il n’existe aucune version numérisée qui puisse être consultée. Cependant, il est certain que Pierre a fourni un portrait respectueux et très positif à l’égard de son père ainsi que de sa contribution aux progrès de l’horlogerie française au milieu du XVIIIe siècle. Pierre allait lui-même contribuer à ces progrès par ses découvertes précieuses dans le domaine des montres servant à déterminer la longitude en mer, qui le mirent en compétition avec l’horloger suisse Ferdinand Berthoud, qui s’affairait au même objectif. Berthoud aurait passé quelque temps dans l’atelier de Julien Le Roy après son arrivée à Paris. Il est en effet très possible, sinon probable, que Berthoud soit l’auteur de cette introduction à l’horlogerie, surtout à cause de l’allusion qu’il fait à la note 12.

[11] Il est difficile de savoir si l’auteur réfère ici à Julien ou son fils Pierre, indiquant qu’il n’avait fait ni découvertes ni perfectionnements. Ce genre d’énoncé m’incite encore à penser que l’auteur soit Ferdinand Berthoud, et que ce genre de jugement négatif à l’égard de Pierre Le Roy, s’imbrique dans la rivalité qui existait entre les deux horlogers lors de la rédaction de ce texte, alors qu’ils étaient rivaux dans l’élaboration de montres marines pour déterminer la longitude en mer.

[12] J’assume ici que l’auteur suggère que Julien Le Roy avait employé plusieurs horlogers originaires de Genève dans son atelier. En effet, ces horlogers étaient généralement très bien formés et se révélaient d’excellents ouvriers. On sait que Ferdinand Berthoud travailla dans l’atelier de Le Roy pendant quelques années après son arrivée à Paris, donc il était témoin lui-même de cette réalité.

[13] Ceci est un commentaire intéressant, sur les avantages pour un étranger (de Genève par exemple) de travailler dans un atelier comme celui de Le Roy à Paris, au lieu d’un atelier londonien. En effet, les Anglais avaient la réputation d’être quelque peu réticent à partager leurs secrets d’horlogerie, peut-être surtout avec des ouvriers étrangers. Au contraire, Julien Le Roy a toujours eu la réputation de partager très ouvertement ses méthodes de construction de montres, ce qui lui a valu le patronyme de “Tompion de Paris” (Thomas Tompion – 1639-1713, étant souvent référé comme le “père de l’horlogerie anglaise”). Donc il est juste qu’un horloger génévois était avantagé de venir travailler et concrétiser ses connaissances à Paris. Plusieurs d’entre eux (Berthoud, Romilly, et Jodin étant trois qui viennent facilement à l’esprit) eurent par la suite de très bonnes carrières de maître horloger à Paris.

[14] Il est assumé ici que l’auteur fait référence au règne en vigueur lors de la rédaction de son article, donc sous Louis XV; on sait que celui-ci (ainsi que Louis XVI) était un grand admirateur de l’horlogerie, et possédait lui-même un tour dans un de ses appartements au palais de Versailles, sur lequel il aimait tourner des objets pour se divertir (voir Pierre Verlet, Versailles, 1961).

[15] As a final end-note, I’ll include below a text from the following site, which suggests that Ferdinand Berthoud is the author of the general introduction to horology in the Dictionnaire. Source: https://www.ferdinandberthoud.ch/fr/newsletters/l-encyclopedie-de-diderot-et-d-alembert-et-le-savoir-faire-horloger

LES HISTORIENS ONT ATTRIBUÉ ÉGALEMENT [à Berthoud]LES ARTICLES « PENDULE EN TANT QU’APPLIQUÉ AUX HORLOGES (HORLOGERIE) » (5) ET « RÉPÉTITION (HORLOGERIE) » (6), POUR LEUR PART ANONYMES. LES ARTICLES « HORLOGER » (7) ET « HORLOGERIE » (8), QUI FORMENT UN ENSEMBLE, NE SONT PAS NON PLUS SIGNÉS OFFICIELLEMENT. CEPENDANT, LA PATERNITÉ DE BERTHOUD NE FAIT AUCUN DOUTE. COMME LE DIT LA NOTE CONCLUANT L’ARTICLE « HORLOGERIE », « J’AI FAIT UN DISCOURS PRÉLIMINAIRE À MON ESSAI SUR L’HORLOGERIE, DE CET ARTICLE QUE J’AVOIS COMPOSÉ D’ABORD POUR CE DICTIONNAIRE ». (5) VOL. XII, 1765, P. 298. (6) VOL. XIV, 1765, P. 133. (7) VOL. VIII, 1765, P. 302. (8) VOL. VIII, 1765, P. 303.

Expanding further on this note, when looking at the article entitled “Horlogerie” in volume 8, attributed correctly it seems to Berthoud, one reads this paragraph:

L’Horlogerie livrée à elle-même sans encouragement, sans distinction, sans récompense, s’est élevée par sa propre force au point où nous la voyons aujourd’hui ; cela ne peut être attribué qu’à l’heureuse disposition de quelques artistes, qui aimant assez leur art pour en rechercher la perfection, ont excité entr’eux une émulation qui a produit des effets aussi profitables que si on les eût encouragés par des récompenses. Le germe de cet esprit d’émulation est dû aux artistes anglois que l’on fit venir en France du tems de la régence, entr’autres à Sully, le plus habile de ceux qui s’établirent ici. Julien le Roy, éleve de le Bon, habile horloger, étoit fort lié avec Sully[1], il profita de ses lumieres ; cela joint à son mérite personnel, lui valut la réputation dont il a joui : celui-ci eut des émules, entr’autres Enderlin, qui étoit doué d’un grand génie pour les méchaniques, ce que l’on peut voir par ce qui nous reste de lui dans le traité d’Horlogerie de M. Thiout ; on ne doit pas oublier feu Jean-Baptiste Dutertre, fort habile horloger ; Gaudron, Pierre le Roy, &c. Thiout l’aîné, dont le traité d’Horlogerie fait l’éloge. [1] C’est à Sully que nous devons la regle artificielle du tems, fort bon livre.

Overall, Berthoud’s text on horology in Volume 8 is not at all the same as the introduction to horology in the Recueil des Planches, about which I’ve just written. This suggests that the author to the latter may not be Berthoud, but another author possibly inspiring himself from Berthoud’s earlier text. Jean Romilly is a strong possibility, as it is surmised that he provided many of the detailed descriptions to the plates, in Recueil des Planches. So it may have been natural for him to also author the general introduction to the subject, in this standalone volume. Certainly, the different way in which Berthoud represents the relationship between Sully and Le Roy, as an example, suggests that he did not author the introduction in Recueil de Planches.

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