Cartel “Delafosse” par Nicolas-Antoine Le Nepveu

Last updated on July 1, 2022

Détail du cadran du cartel de Le Nepveu

Nous avons acquis ce cartel d’applique en bronze doré de l’époque Louis XVI, signé Le Nepveu à Paris. Ce texte décrit et fournit des informations sur ce cartel, ainsi que sur son fabricant.

We acquired this Louis XVI gilded bronze cartel signed Le Nepveu à Paris. This post will describe the cartel and provide background information about it and its maker.

Détail du boîtier en bronze doré de Le Lepveu

L’horloger.

Voici ce que le dictionnaire des horlogers de M. Tardy a à dire sur M. Nicolas-Antoine Le Nepveu, dont le nom apparaît sur le cadran du cartel décrit par ce texte:

Voici ce que Bruno Drouard sur Généanet a trouvé et décrit sur notre horloger:

L’image ci-bas, extraite du Plan Turgot de Paris (1739), démontre la rue Magloire (à côté du couvent des Pénitentes de Sainte Magloire), qui termine à la rue Saint Denis. C’est sur cette petite rue que Le Nepveu aurait terminé ses jours, selon les notes de Bruno Drouard ci-haut. De nombreux horlogers parisiens ont pratiqué leur métier et eurent boutique sur la rue Saint Denis, au XVIIIe siècle (voir mon article sur André-Charles Caron sur ce site).


Le cartel

Voici certaines photos du cartel fournies par la maison d’enchère (Ruellan Auction à Vannes, France) avant la vente du 14 mai 2022. L’examen de ces photos, ainsi que la description fournie par la maison, nous ont permis d’établir que ce cartel valait les peines d’essayer de l’acquérir. L’estimé pré-vente était établi par la maison entre 1000 et 1500 euros.

Le cartel est poussiéreux et certaines parties sont couvertes de saleté qui devrait se nettoyer assez facilement à l’eau chaude et au savon doux. La dorure semble avoir été bien préservée et le cartel devrait reluire à nouveau après un bon nettoyage. Il est espéré que la dorure soit originale, à l’or moulu et au mercure.

Cette oeuvre de l’horloger Le Nepveu daterait probablement de 1770-90, vers la fin du règne de Louis XVI. Les aiguilles de laiton doré, faites à la main, sont magnifiques et originales, ainsi que le cadran. Le mouvement n’est pas signé mais d’autres cartels du même horloger figurent des mouvements semblables. Un horloger assemblait essentiellement un cartel de ce genre à partir de plusieurs composants provenant de différents spécialistes (le boîtier en bronze doré, le cadran, les aiguilles, la vitre, et peut-être même aussi le mouvement. On achetait souvent ce qu’on appelait “blanc roulant”, fabriqué par des ouvriers spécialisés, qui contenaient les éléments principaux (roues, plaques, barillets, etc.) mais non-finis. L’horloger, dans son atelier, complétait le mouvement et le rendait fonctionnel et fiable, avant de l’assembler avec les autres composants, lui permettant de vendre le cartel à un client ayant les moyens de se le permettre. Généralement, les clients pour de tels objets considérés luxueux étaient des mécènes, ou artistocrates, parfois même des membres de l’entourage du roi et de ses palais.

Photos de cartel par Le Nepveu

Hôpital de la Trinité (Trinitaires)

Un aspect intéressant de la vie de Le Nepveu est que son adhésion à la communauté des horlogers de Paris se fit par l’entremise d’un système qui permettait à des ouvriers spécialisés (tels horlogers) ayant entraîné des jeunes orphelins habitant à l’hôpital de la Trinité, de se voir octroyer le titre de maître horloger, leur permettant d’ouvrir boutique et de vendre des produits horlogers sous leur nom.

Normalement, les horlogers acceptés dans la communauté devaient soit être fils d’horlogers parisiens, ou avoir complété un apprentissage (de huit ans généralement) chez un horloger reconnu. Des horlogers venant d’ailleurs (tel que Le Nepveu, qui apprit le métier dans sa ville natale de Bacqueville-en-Caux, sûrement dans la boutique de son père nommé Pierre, lui-même horloger de profession) étaient normalement interdit de se joindre à la communauté, sauf sur exception telle l’association à l’hôpital de la Trinité.

Ci-bas est un dessin d’époque de l’hôpital, montrant que son espace était divisé en de nombreuses boutiques, qui servaient d’écoles d’apprentissage où des artisans chevronnés venaient enseigner aux jeunes garçons des métiers tels l’horlogerie, la broderie, la peinture, le tissage, etc.

A noter la rue Greneta en bas du diagramme, où selon la généalogie de Le Nepveu produite par Drouard (et citée plus haut), l’horloger aurait demeuré avant d’avoir déménagé à 1, rue Magloire. Ceci réaffirme qu’il aurait contribué à la formation de jeunes garçons pris en main par l’hôpital, ceci étant facilité par le fait qu’il demeurait sur la rue juste à côté. Ainsi, il est clair que Le Nepveu fût un “trinitaire”, et que c’est par ce fait qu’il fût admis à la communauté des horlogers de Paris, en 1773 (tel qu’indiqué dans le dictionnaire Tardy).

Source: Jean CHEYMOL, L’hôpital de la Trinité, 1983

D’autres horlogers parisiens qui furent acceptés par la communauté des horlogers suite à leur contribution à la formation donnée à l’hôpital de la Trinité incluent: (* selon Dequidt, Horlogers des lumières, 2014)

  • Eloy Cappronnier
  • Pierre Boussot-de-ville-Neunez
  • Antoine Thiout, 1724?
  • François Verneaux, 4 janvier 1747
  • Jacques François Vaillant, 17 février 1750 *
  • François Armand Garnier, 16 septembre 1751 *
  • Charles Allard, 24 septembre 1756 *
  • Louis Antoine Beauvallet, 24 septembre 1756 *
  • Adam Léchopié, 10 janvier 1758
  • Nicolas Garcel du Coty, 23 août 1758 *
  • Nicolas Le Brasseur, 13 janvier 1761
  • Jean Ursin Duchesne, 28 mars 1771 *
  • Nicolas Jean Guillet, 4 juillet 1771 *
  • Nicolas Antoine Le Nepveu, 1773

Pour plus d’informations sur l’hôpital de la Trinité, consulter:

https://www.biusante.parisdescartes.fr/sfhm/hsm/HSMx1983x017x002/HSMx1983x017x002x0159.pdf


Delafosse

Ce cartel d’applique, comme plusieurs autres à cette époque (fin XVIIIe), est basé en partie sur des dessins produits par Jean-Charles Delafosse[*] (1734 – 1789), certains d’entre eux étant conservés au: WADDESDON MANOR, AYLESBURY, BUCKINGHAMSHIRE, HP18 0JH. Deux de ces dessins sont reproduits ci-bas.

Le style est néo-classique, provenant d’un engouement européen pour les anciennes sculptures et objets architecturaux grecs et romains, en fin du XVIIIe siècle. Ce style s’insère dans plusieurs objets de luxe produits sous le règne de Louis XVI, tels les pendules et cartels.

[*] Jean-Charles Delafosse (1734-1789) est un architecte, ornemaniste et peintre français. Son recueil de gravures le plus célèbre est la Nouvelle Iconologie Historique, publiée pour la première fois en 1768 puis rééditée et modifiée à de nombreuses reprises par la suite. Important théoricien du style Louis XVI “carré” et des débuts du néo-classicisme. Son influence est sensible dans le décor de maisons parisiennes dans les années 1760-1780. [Source: Wikipédia]

Sur le site Gallica de la Bibliothèque nationale de France, on peut trouver une version numérisée du livre suivant de Delafosse:

Delafosse, Jean-Charles (1734-1789). Graveur. Nouvelle iconologie historique, ou Attributs hiéroglyphiques qui ont pour objets les quatre éléments, les quatre saisons, les quatre parties du monde et les différentes complexions de l’homme / par Jean Charles Delafosse architecte, décorateur et professeur en desseins.. 1768.

Extraites ce livre, voici des portions de certains dessins qui auront pu inspirer le dessinateur ou sculpteur de ce cartel (ainsi que nombreux autres cartels de cette époque, produits par divers horlogers Français):


Autres cartels de Le Nepveu

Voici des photos d’autres cartels signés Le Nepveu, trouvés ici et là sur internet. Il semble, selon cet échantillonnage limité, avoir été un horloger assez prolifique, qui produisit un bon nombre de ces cartels muraux en bronze doré, de différents patrons, basés sur les dessins de Delafosse.

Ces premières photos proviennent d’un antiquaire qui vendait un autre cartel de Le Nepveu, très similaire à plusieurs égards à celui que nous avons acquis et dont nous discutons dans cet article. Celui-ci figure un mouvement rond “de Paris”, et a sans doute été redoré, vu l’état éblouissant du bronze doré, recherché par plusieurs propriétaires et antiquaires.


Voici des photos d’un autre cartel de Le Nepveu, celui-ci figurant le thème populaire du Lion de Némée, que l’on voit sur plusieurs cartels d’autres horlogers de l’époque. Ce cartel a une apparence très brillante aussi, donc probablement redoré par l’antiquaire.


Finalement, quelques photos d’un troisième cartel de Le Nepveu. L’apparence de celui-ci semble plus originale, donc probablement pas redorée. Il est important pour le patrimoine des bronzes dorés du XVIIIe siècle, selon les pratiques de conservation courantes, de préserver autant que possible la patine et l’apparence originale, bien qu’au moins nettoyée à l’eau chaude et au savon doux. Cette approche conservatrice sera utilisée pour notre cartel Le Nepveu.


Voici un autre cartel Le Nepveu (daté 1780) presque identique à celui décrit dans cet article. Dans ce cas, le mouvement est circulaire, donc probablement un peu plus récent que le nôtre, qui est probablement un des derniers avec mouvement plus traditionnel (de forme carrée).


Voici une jolie petite pendule produite par l’atelier de Le Nepveu, en vente dans une maison d’enchères.


Photos de notre cartel, durant son nettoyage

The cartel was delivered on 6 June 2022. A couple of days before, UPS cancelled the delivery and indicated the box had suffered damage. Worry turned out to be needless, as the damage had been to the cardboard box, which had evidently gotten wet somewhere during the transport. UPS wrapped the box in cellophane and delivered it. Unpacking it revealed the clock to be well packed inside and not damaged at all. A good amount of dust was on the flat areas of the clock, as well as inside, revealed when removing the back cover.

Le cartel fut délivré le 6 juin 2022. Deux jours auparavant, UPS avait cancellé la livraison indiquant que l’emballage avait souffert des dommages. Nos soucis se sont avérés inutiles car le dommage n’était qu’à la boîte de carton, qui avait été mouillée durant le trajet. UPS ont emballé le tout dans du cellophane et l’ont délivré par la suite. En déballant, il était bon de constater que le cartel avait été très bien empaquetté et n’avait souffert aucun dommage. Une quantité considérable de poussière recouvrait certains espaces plats du cartel, ainsi qu’à l’intérieur, révélé lorsque le couvert arrière fût enlevé pour inspection.

Une vue à l’intérieur. Poussiéreux, et signes de dorure dont on ne s’attendait pas à l’intérieur, peut-être indication de re-dodure effectuée à une certaine époque?

Le mouvement ayant été retiré (chose facile, seulement deux vis transversales le maintiennent dans le boîtier), le boîtier a eu un bon bain à l’eau chaude et savon de vaisselle, brossé avec des brosses douces (brosses à dent, etc.). La majorité de la saleté a pu être enlevée avec un bon frottement, révélant la dorure sous la surface sale. Un certain montant de patine demeure pour rappeler que ce cartel a du vécu durant les 240 ans de son existence! Il n’aura pas l’apparence brillante des cartels qu’on voit souvent chez les antiquaires, évidemment re-dorés et polis pour attirer les acheteurs de “beaux objets”.

Certaines photos du nettoyage et du résultat ci-bas (le boîtier a été asséché au séchoir à cheveu pour enlever toute humidité après le bain et le rinçage).


Le cadran, les aiguilles, et le mouvement

Quelques photos du joli cadran et aiguilles. Le cadran n’est pas signé à l’arrière. L’aiguille des heures est typiquement Louis XVI, mais celle des minutes (admirablement sculptée) est plus du style Louis XV. Suivent des photos du mouvement (non-signé) qui ne semble nécessiter qu’un bon nettoyage et huilage. Les arbres des roues et les pivots sont très fins, comparés aux mouvements français du début ou milieu du XVIIIe siècle. Un raffinement de la fabrication de ces pièces s’effectuait en fin de siècle. L’échappement est de style à ancre, et tout semble très original et non-modifié.


Voici le mouvement Le Nepveu complètement désassemblé pour nettoyage et petite réparation. Ainsi que deux photos montrant l’agencement des engrenages. A première vue, pas de problème au niveau des pivots, trous de pivots, dents de roues. Donc un simple nettoyage et huilage devrait suffire pour permettre à ce cartel de marquer et sonner l’heure à nouveau, après un sommeil de plusieurs années. (Sur l’intérieur d’une des platines on peut lire le nom qu’un horloger rhabilleur a gravé: “Lechauguette janvier 1845“.)


Le mouvement a été nettoyé, tous les pivots polis, trous de pivots nettoyés. Quelques légères réparations effectuées. Le ressort no. 1 (temps) avait un trou en très mauvais état qui a du être refait. Il était gravé du nom de l’ouvrier original (Lefevre). Le ressort no. 2 (sonnerie) semblait original, signé “Chabanette 9bre 1774“. (Guillaume Chabanette, selon Augarde “Les ouvriers du temps” p. 97). Donc ce ressort fut fabriqué en novembre 1774, ce qui aide à dater le cartel. Tout est maintenant prêt pour réassemblage et huilage.


Le cartel Le Nepveu nettoyé et posé sur le mur.

(D’autres informations et photos à venir – More information and photos to come.)

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