Chopard – horloger et professeur à Besançon

Last updated on July 20, 2022

(La photo titre de cet article représente un atelier pour la finition des échappements, à l’école de Besançon, vers la fin du XIXe siècle.)

Cet article traite de Paul Chopard (dates de naissance et décès inconnues à ce moment), horloger de Besançon, et ensuite professeur puis directeur de l’école d’horlogerie de cette ville. Nous venons de faire l’acquisition d’un tour horloger lui ayant appartenu. Nous allons traiter de l’importance de Besançon dans l’histoire de l’horlogerie en France, discuter de l’école d’horlogerie telle quelle, et démontrer les détails du tour ayant appartenu à l’horloger Chopard.

Estampille sur une composante du tour d’horloger de Paul Chopard
Carte du Doubs – 1813

Histoire de Besançon comme centre d’horlogerie.

Dans son livre “La montre française” (publié aux Éditions de l’amateur, 1991), Adolphe Chapiro dédie un court chapitre à ce qu’il appelle la “capitale française de la montre”. Il rappelle que dans les régions des montagnes des Alpes et du Jura (tant du côté suisse que français), les paysans s’occupaient durant les longs hivers à des travaux manuels et la fabrication de pièces, incluant celles d’horlogerie. Ceci fût à l’origine de l’émergence de petites industries horlogères dans des lieux tels La Chaux-de-Fonds et Le Locle en Suisse. Il mentionna aussi le rôle de Genève comme un centre horloger d’importance, qui se servait du travail des paysans des montagnes pour fournir des pièces nécessaires à la construction de montres et pendules.

Certains évènements socio-politiques à Genève au XVIIIe siècle causèrent l’émigration de plusieurs horlogers genevois vers d’autres horizons. Certains se rendirent jusqu’à Paris, mais un grand nombre s’établit dans des centres émergents d’horlogerie française près de la frontière Suisse, à Ferney (centre créé par Voltaire où l’important horloger français Jean-Antoine Lépine établit un centre de fabrication pour alimenter son marché horloger à Paris), ainsi qu’à Besançon. Ce dernier centre profita de sa proximité à la Suisse, ainsi qu’une longue tradition horlogère dans la région, pour émerger graduellement comme le lieu le plus important de fabrication de montres en France, éventuellement prenant le dessus sur l’usine de Japy Frères, à Beaucourt, qui avait été fondée par Frédéric Japy en 1771. Ainsi, Besançon et Beaucourt fournirent la grande majorité des montres françaises durant la dernière moitié du XIXe siècle en France, bien que ces centres furent éventuellement surclassés par la production de montres en Suisse, et par la suite aux États-Unis.

La révolution française, et les débuts de la République, offrit l’opportunité à un négociant suisse d’horlogerie récemment expulsé du Locle pour raisons politiques, Laurent Mégevand, de plaidoyer pour l’établissement d’une manufacture d’horlogerie à Besançon. Ceci sera réalisé dans les années qui suivirent, en partie en encourageant l’immigration de familles d’ouvriers aptes à travailler dans ce secteur important de l’économie. La plupart de ceux-ci vinrent de la Suisse, et leur nombre était important dans les premières années (environ 8% de la population de Besançon). Il est très probable que les ancêtres de Paul Chopard arrivèrent à Besançon de la Suisse, dans cette immigration considérable de familles d’horlogers à la fin du XVIIIe ou début du XIXe siècles.

A cette époque les filles étaient encouragées d’appliquer pour apprentissage, autant que les garçons. Il était envisagé de former environ 200 ouvriers d’horlogerie par an, et des demandes seraient acceptées de tout le territoire français, et même d’autres pays. [3]

L’implantation par les Neuchâtelois de la Manufacture d’horlogerie à Besançon, obéit aux mêmes
structures et à la même organisation [qui étaient en vigueur en Suisse]. La production est éclatée. Elle est partagée entre des dizaines d’ateliers spécialisés dans une partie de la montre, et qui travaillent pour des établisseurs. Parfois, certains ateliers concentrent un certain nombre d’horlogers au point de ressembler à une petite fabrique aux compétences élargies. [3]

L’horlogerie était une discipline complexe qui incluait beaucoup de différentes activités nécessitant un apprentissage: [3]
1° les ébaucheurs / 17° les guillocheurs,
2° les faiseurs de pignons / 18° les peintres en miniatures,
3° les faiseurs de verges et autres échappements / 19° Les émailleurs en transparen(ce),
4° les polisseurs en cuivre / 20° les monteurs de boîtes,
5° les doreurs / 21° les polisseurs de boîtes,
6° les émailleurs en cadrans / 22° les faiseurs de timbres,
7° les faiseurs d’aiguilles / 23° les faiseurs de verres,
8° les finisseurs de mouvements / 24° les quadraturiers,
9° les peintres en cadran / 25° les emboîteurs en répétitions,
10° les faiseurs de spiraux / 26° les polisseurs d’acier,
11° les faiseurs de chaînettes / 27° les fendeurs avec outils,
12° les faiseurs de ressorts / 28° les arrondisseurs avec outils,
13° les graveurs de coqs, de rosettes et de noms / 29° les faiseurs d’outils,
14° les évideurs de coqs / 30° les faiseurs de limes,
15° les graveurs en taille douce / 31° les tourneurs de plaques de cuivre pour cadrans,
16° les graveurs en or et couleur

Le montant de temps nécessaire à former les garçons ou filles dans ces différentes activités étaient estimées ainsi: [3]

  • 1° Pour apprendre à faire entièrement une montre simple : 5 années,
  • 2° Pour une montre à répétition : 6 ‘’ ,
  • 3° Pour les ébaucheurs : 2 ‘’ ,
  • 4° Pour les faiseurs de pignons : 18 mois,
  • 5° Les polisseurs sur cuivre et acier : 1 année ,
  • 6° Pour les doreurs : 6 mois,
  • 7° Les émailleurs en cadrans : 18 mois,
  • 8° Les faiseurs d’aiguilles : 18 ‘’ ,
  • 9° Les peintres en cadrans : 2 années,
  • 10° Les faiseurs de spiraux : 6 mois,
  • 11° Les faiseurs de chaînettes : 2 années,
  • 12° Les faiseurs de ressorts : 3 ‘’ ,
  • 13° Pour les graveurs de coqs (rosettes, noms) : 2 ‘’ ,
  • 14° les vuideurs (évideurs) de coqs : 6 mois,
  • 15° Les graveurs en taille douce et or de couleur : 3 années,
  • 16° Les peintres en miniatures : 5 années,
  • 17° Les monteurs de boîtes : 4 ‘’ ,
  • 18° Les polisseurs de boîtes : 6 mois,
  • 19° Les faiseurs de timbres : 1 année,
  • 20° Les quadraturiers : 5 années,
  • 21° les fendeurs avec outils : 6 mois,
  • 22° Les arrondisseurs avec outils : 6 ‘’ ,
  • 23° Les faiseurs d’outils : 4 années,
  • 24° Les faiseurs de limes : 3 ‘’ ,

En l’an IV (1796), il est intéressant de constater la distribution des spécialisations dans la communauté horlogère de Besançon (485 hommes et 311 femmes). Le tableau ci-bas démontre les femmes à gauche et hommes à droite. Les hommes étaient prédominants dans les activités plus complexes (finition 179 contre 22) ou physiquement exigeantes (montage de boîte, fabrication de ressorts). A noter: Les femmes étaient responsables de la dorure appliquées aux composantes et aux boîtiers des montres, ce qui est navrant car ce procédé nécessitait une exposition néfaste au mercure (liquide et vapeurs), ainsi que divers acides. Il est reconnu que les doreurs/doreuses dans l’horlogerie de l’époque souffraient très souvent de sérieux problèmes de santé et durée de vie compromise par l’exposition toxique au mercure.

  • polisseuses 101 : finisseurs 179
  • doreuses 52 : monteurs de boîtes 78
  • finisseuses 22 : émailleurs 31
  • arrondisseuses 21 : ébaucheurs 29
  • faiseuses d’aiguilles 19 : faiseurs de pignons 20
  • faiseuses de pignons 19 : faiseurs de ressorts 20
    Source: Mayaud : ’’Les principaux métiers de l’horlogerie, pratiqués à Besançon, en l’an IV’’.

Chapiro offre ces chiffres pour montrer la croissance de production de montres à Besançon: 1800 (21,400); 1818 (30,000); 1856 (160,000); 1862 (200,000); 1865 (311,000); 1880 (480,000); 1883 (499,000). Selon lui, la plupart des montres produites à Besançon après 1860 avaient un échappement à cylindre et se remontaient avec une clé, bien que les clients français à cette époque recherchaient des montres à échappement à ancre, et se remontant par le pendant. Les montres suisses leur fournissaient ces éléments recherchés.

En 1861, les productions de montres en France et en Suisse se comparaient ainsi: Canton de Neuchâtel 850,000; Cantons de Berne et de Vaud 350,000; Genève 100,000; Besançon 200,000. Donc la production suisse dominait considérablement celle de Besançon, à une proportion d’au dessus de 7 pour 1. Une grande dépression économique en 1883 causa une grande diminution des montres produites à Besançon, et la compétition accrue provenant de la Suisse ainsi que des États-Unis contribua au déclin éventuel des grands jours de production à Besançon.

Afin de produire ces grandes quantités de montres à Besançon, il fallait un nombre considérable d’ouvriers bien formés à un métier exigeant une expertise avec des instruments et machines de production complexes, ainsi qu’une fine attention au détail pour produire d’innombrables petites pièces qui devaient être assemblées méticuleusement et avec grande précision pour produire des montres fiables pour la clientèle. La mécanisation grandissante de la fabrication de montres, en Suisse, aux États-Unis et en France, nécessita aussi une partie de la main-d’oeuvre formée à la construction ainsi qu’à l’entretien de ces machines complexes et précises, servant à la production des pièces.

L’école d’horlogerie de Besançon

A Besançon, tant qu’à Genève et autres grands centres horlogers, la création de centres de formation pour les différents ouvriers désignés à la production de montres, devint rapidement nécessaire, car l’ancien modèle d’apprentissage individuel chez un horloger, ne comblait plus à la demande accrue. Aussi, dans ces grands centres de production, la main d’oeuvre devenait de plus en plus spécialisée dans un aspect particulier de la production, donc l’enseignement fourni par une école pouvait former différents types d’ouvriers à la fois.

Bien que nombreuses méthodes d’apprentissage de l’horlogerie existaient à Besançon tout au long de la première moitié du XIXe, incluant nombreuses filles oeuvrant dans l’industrie horlogère locale, l’école municipale d’horlogerie de Besançon a été formée en 1862 et a été modernisée et élargit plusieurs fois au cours des années, et continue ses opérations jusqu’à aujourd’hui. Pour plus d’information sur son histoire ainsi que sur l’école actuelle, consulter:

https://patrimoine.bourgognefranchecomte.fr/dossiers-inventaire/ecole-professionnelle-dite-ecole-nationale-dhorlogerie-puis-lycee-polyvalent-jules-haag-ia25000690

Voici un texte extrait du site ci-haut qui décrit les origines de l’école d’horlogerie de Besançon, que Chopard mena comme directeur de 1876 à 1886. Source: https://patrimoine.bourgognefranchecomte.fr

Pour répondre à une demande forte de la “Fabrique” bisontine (les fabricants et négociants horlogers de Besançon), la municipalité ouvre le 1er février 1862 une école d’horlogerie dans l’ancien grenier au blé (le “Grenier d’Abondance”). L’État lui accorde en 1891 le titre d’école nationale avec, au nombre des conditions à remplir pour que la nationalisation soit complète, l’obligation de construire un bâtiment en accord avec son statut. La Ville, qui la dote en 1896 d’une filière Mécanique, a du mal à trouver un terrain adapté et à se mettre d’accord avec l’État quant au financement. Si la Première Guerre mondiale diffère la réalisation du bâtiment, la loi du 31 décembre 1921 prononce la nationalisation pleine de l’établissement, avec le statut d’école nationale professionnelle.

Lors de l’exposition universelle à Paris en 1878, l’école d’horlogerie de Besançon installa un stand pour montrer des exemples de travaux provenant de certains de ses élèves. Voici les observations qu’en fit Adrien Philippe, de la maison “Patek, Philippe et Cie” de Genève. Il fut selon toute évidence très impressionné du travail démontré par ces oeuvres.

‘’Nous arrivons aux écoles françaises de Besançon et de Cluses. Toutes les deux sont remarquables, mais occupons-nous d’abord celle de Besançon comme représentant le groupe le plus considérable. Nous avouons avoir éprouvé quelque surprise en présence du fini de certaines pièces. Est-ce bien là l’ouvrage des élèves, exclusivement des élèves ? Si l’affirmative est vraie, ils ne le cèdent en rien à leurs rivaux les mieux doués de Suisse. Du reste pourquoi seraient-ils inférieurs en matière d’apprentissage ? (…), nous devons, pour le moment, constater que l’école destinée à alimenter de travailleurs de talent ce grand centre manufacturier est dans la bonne voie. On a eu l’idée d’accompagner les meilleurs ouvrages exposés du nom des élèves qui les ont produits, et nous ne pouvons qu’approuver cette mesure ; ce qui porte à regretter qu’on ne l’ait pas appliquée en Suisse. Il nous semble juste et d’un bon encouragement qu’un élève retire sa petite part de gloire attachée à l’exhibition d’un ouvrage reconnu digne d’attirer l’attention et les suffrages des connaisseurs. Nous avons plaisir à citer quelques-uns des noms qui accompagnent les plus jolis travaux : MM. Devant, Thibaudin, Edmond Charles, Courgey et Moreau. Un beau finissage de chronomètre à fusée avec un très joli mécanisme de remontoir porte le nom de M. Py. Une autre pièce à grande complication, répétition à secondes indépendantes, promet un horloger de grand talent pour l’avenir ; elle porte le nom de M. Courgey. Nos compliments à M. le directeur Paul Chopard’’. – Adrien Philippe : ’’L’École municipale d’horlogerie de Besançon, à l’Exposition internationale de Paris en 1878’’

A cette exposition universelle, l’École d’horlogerie de Besançon se vit octroyer la médaille d’argent, ce qui était la plus haute récompense pour une école d’horlogerie. Ceci est évidemment un signe de la qualité de la direction de Chopard au fonctionnement ainsi qu’au programme instructif offert par cette école.

Pour donner une idée du nombre d’étudiants inscrits aux cours d’horlogerie à cette époque, .

Durant les premières décennies de l’école (avant que Chopard aspire à la direction), l’instruction constituait 54 heures par semaine (12 de théorie et le reste en pratique). Les cours théoriques étaient présentés selon cet horaire:

1re année : Langue française – Grammaire – Notions de géographie – Éléments de l’arithmétique – Dessin linéaire – Exercices préliminaires – Notions sommaires de la tenue des livres.
2e année : Arithmétique ; proportion ; système métrique – Géométrie, plane et dans l’espace – Dessin linéaire – Tenue des livres.
3e année : Notions de physique, de chimie, de mécanique ; de cosmographie – Dessin linéaire – Tenue des livres.

Les cours pratiques étaient présentés selon cet horaire:

1e année : Ébauches, Blancs et Pignons.
Éléments du tournage et du limage – Confection des petits outils accessoires relatifs à l’ébauchage (cuivrots, jeux de forêts, de tarauds, d’arbres, de fraises, broches de tour) – Vis, essais de portées et de divers ajustements concernant le travail des ébauches – Ébauches établies sur les calibres les plus usités et reconnus les meilleurs – Confection des petits outils concernant le finissage (rivoirs, broches, burins pour burin fixe, etc.) – Éléments concernant la confection des roues et pignons, rivoirs et pivotage.

2e année : Finissages et cadratures.
Finissage, pivotage du pignon de grandeur moyenne – Confection d’une cadrature de répétition – confection des outils accessoires concernant les cylindres et roues de cylindre – Éléments et confection des cylindres et roues de cylindre – Éléments et confection des cylindres et roues de cylindre et balanciers.

3e année : Échappement et repassage.
Plantage de l’échappement à cylindre – Plantage de l’échappement à ancre – Notions sur les divers échappements – repassage – spiralage – sur la manière de régler les montres – Remontage – Notions sur les mouvements de pendule.
Afin que les élèves puissent être appliqués à un travail général sur les diverses parties, ils devront opérer, sur les deux meilleures ébauches qu’ils auront faites, le finissage, l’échappement, le repassage et le remontage. Par ce moyen, ils seront exercés à justifier de leur aptitude dans toutes les parties enseignées pendant la durée de l’apprentissage.

L’histoire de Paul Chopard

(Peu d’informations sur la vie de Paul Chopard ont été identifiées à date, mais seront incluses ici au fur et à mesure.)

Vraisemblablement, Paul Chopard débuta comme horloger dans la région de Besançon vers le milieu du XIXe siècle. Il faut croire que nombreux membres de la famille Chopard avaient pratiqué cette profession depuis plusieurs années. Ce nom se retrouve aussi en Suisse, donc un ou plusieurs Chopard furent possiblement du nombre d’horlogers qui émigrèrent de Genève à la région de Besançon à la fin du XVIIIe ou début du XIXe siècle, et Paul pourrait être un de leurs descendants. Un autre Chopard, Louis-Ulysse (1836-1915), créa en 1860, à 24 ans, son premier atelier d’horlogerie à Sonvilier, petit village dans le Jura Suisse. Louis-Ulysse avait un fils aussi nommé Paul, et la descendance de cette compagnie existe toujours en Suisse, produisant certaines des montres les plus réputées, sous la marque Chopard.

En 1865, Chopard était deuxième professeur d’enseignement pratique à l’École d’horlogerie de Besançon, sous le premier professeur, Henri Courvoisier.

Sous le régime républicain en France, qui suivit la chute de l’empereur Napoléon III, un nouveau préfet nommé Ordinaire arriva en fonctions à Besançon le 9 septembre 1870. Chopard fut appelé à jouer un rôle sous cette nouvelle administration.

Il obtient du gouvernement, le 16 septembre, la nomination de trois de ses proches amis comme sous-préfets: Charles Beauquier, archiviste et un des rédacteurs les plus appréciés du journal «Le Doubs », à Pontarlier ; Antonin Fanart, artiste peintre et directeur de ce journal, à Montbéliard ; Paul Chopard, fabricant d’horlogerie, à Baume-les-Dames. [1]

Le choix qu’Ordinaire a fait de ses amis radicaux comme sous-préfets ne se révèle pas heureux : incompétents et partisans, ils préconisent la résistance à outrance, organisent la défense de leur arrondissement avec résolution, fulminent contre les citoyens inertes et poltrons… mais fuient à l’approche de l’ennemi. Ainsi Fanart qui est plaisanté par les Montbéliardais: «après avoir menacé les municipalités pusillanimes des vallées du Doubs,le sous-préfet se serait replié en bon ordre… ». Ainsi Chopard qui se plaint du manque de combativité des francs-tireurs quitte Baume-les-Dames pour gagner la frontière suisse. Ainsi Beauquier, après avoir constitué un comité de défense de Pontarlier, réclamé des armes et des balles, critiqué les paysans peu disposés à se battre car amollis par «le bien-être dont ils jouissent depuis quelques années… », se réfugie en Suisse ; ce qui lui vaut d’être appelé par dérision: «sous-préfet de Vallorbe»! [1]

Un nouveau préfet, Regnault, pris en mains les fonctions le 6 février 1871 pour remplacer Ordinaire. Le 28 mars, il révoque les trois sous-préfets nommés par Ordinaire, incluant Chopard. Donc la carrière politique de ce dernier fût de courte durée.

En Mars 1878, Chopard se trouve le président de la Chambre syndicale des fabricants d’horlogerie de Besançon. [2]

Voici un discours de Paul Chopard, en tant que directeur, offert lors de la distribution annuelle de 1878 des prix à l’école de Besançon. Ce discours, ainsi que le texte qui suit, incluant les noms des récipiendaires (maintenant et tristement largement oubliés) aux prix de l’école, proviennent des pages 373-375 de la référence [2]. Ces mots prononcés par Chopard donnent un aperçu révélateur de ses opinions vis-à-vis la profession d’horloger dans un climat de mécanisation accrue de la construction des pièces, auquel fait face l’industrie horlogère à cette époque, en Europe et ailleurs.

Lorsqu’on réfléchit parfois aux services rendus par l’horlogerie et que l’on considère, sans se préoccuper des lois mécaniques d’après lesquelles le temps nous est marqué, la précision de ces petits instruments exécutés chaque jour en și grand nombre dans notre industrieuse cité, un sentiment de valeur artistique s’impose en quelque sorte à notre imagination , en faveur des horlogers qui ont apporté leur contingent de lumière, de travail et d’habileté à leur exécution . Toutefois, ce sentiment diminue bien vite , malheureusement, si l’on pénètre dans le détail ou le secret de cette exécution obtenue pour une partie au moyen d’outillage spécial , savamment combiné, il est vrai , et pour l’autre par un travail manuel d’assemblage des parties constitutives de la machine où l’habitude a supplée , dans une certaine mesure, au défaut de connaissances exactes . Et, si l’on considère la multiplicité de ces parties spéciales que chaque ouvrier fait en sorte par routine, mais qui néanmoins sont loin d’avoir la régularité obtenue par le travail mécanique, on en vient à se dire que chacun peut être horloger et l’on se demandera même si tel ouvrier ne pourra être avantageusement remplacé par telle nouvelle combinaison mécanique qu’on se hâte de chercher.

N’allons pas croire cependant que la perfection de l’outillage doit amener en quelque sorte la suppression des ouvriers horlogers ; mais nous pouvons, dès maintenant, conclure qu’il faudra désormais être réellement horloger pour être à l’abri des crises qui frappent trop souvent déjà notre belle industrie .

Chaque jour, en effet, nous voyons quelque modification utile apportée dans les machines déjà si parfaites employées à l’une ou l’autre des branches industrielles . L’horlogerie, vous le savez , ne reste point en arrière, et certaines pièces qu’on supposait il y a peu de temps, devoir être toujours exécutées par d’habiles spécialistes, sortent aujourd’hui de machines, sinon avec le fini que leur donnerait une main exercée, au moins avec la régularité qui les fait préférer dans le commerce .

Il est donc temps de se préparer à cette substitution fatale qui n’est autre que le progrès lui-même, mais dont les malheureux effets sont déjà si sensibles dans notre fabrication horlogère. La nécessité de connaissances plus étendues s’impose donc à celui qui prendra l’horlogerie pour carrière, et si notre École n’existait point, nous verrions certainement, devant une situation semblable, nos industriels et notre population s’émouvoir, et chercher les moyens de la fonder.

Aussi , les efforts les plus puissants sont-ils tentés dans les centres principaux d’horlogerie en vue de l’amélioration des Écoles existantes ou de la création de nouvelles Ecoles.

L’Amérique, où l’outillage est poussé à sa dernière perfection, sent le besoin de créer des Écoles d’horlogerie, et ce projet sera sous peu réalisé chez ce peuple entreprenant.

L’Allemagne vient d’en ouvrir sur deux points de son empire.

La Suisse étudie avec sollicitude les moyens de faire encore de plus parfaits élèves par des connaissances théoriques plus complètes , plus étendues.

La ville de Genève vient, à cet effet, de construire un riche et vaste établissement et, dans toute la Suisse, l’avenir de l’horlogerie n’est entrevu que par les résultats qui seront donnés par les écoles .

En France, l’École nationale de Cluses a toute la sollicitude du Gouvernement, qui étudie les projets d’agrandissement et d’internat pour cette École.

A Paris , les efforts les plus persévérants sont faits en vue de la création d’une École d’horlogerie.

Après avoir payé un juste tribut d’éloges aux élèves les plus méritants , M. Chopard finit son discours par de sages conseils donnés à tous.
Nous faisons suivre nos citations de la liste des noms des élèves ayant remporté les prix, en regrettant que le défaut d’espace ne nous permette pas de donner une place aux accessits.
Cornet ( Gaston) , de Besançon ; Séverin ( Eugène ), de Nemours ; Favre (René), de Besançon ; Ablitzer (Charles) , de Besançon ; Félix (Georges), de Besançon ; Zominy ( Ernest) , de Besançon ; Grivet (Arthur), de Besançon ; Simonot ( Camille) , de Besançon ; Fournier (Auguste) , de Besançon ; Farfouillon ( Emmanuel), de Thoissey; Félix ( Jules) , de Besançon ; Anitus (Pierre) , de Vitoria ( Espagne) ; Arizabalaga ( Frédéric) , de Grenade ( idem ); Hattemberg ( Eugène) , de Besançon ; Huot (Henri), de Troyes ; Sarion ( Jules) , de Valleroy; Esnier ( Eugène) , d’Issoire.
L’élève Louis Courgey, de Besançon, qui a remporté l’année dernière le premier prix des apprentis horlogers au concours de la chambre syndicale de Paris, ‘ était hors concours pour les prix d’excellence et de dessin.

Dans un rapport qu’il rédigea en 1880, Chopard décrivit l’état de l’enseignement à son arrivée comme directeur de l’école, et certains des changements qu’il introduisit: [3]

Avant 1875, l’École n’avait fait exécuter aucun mouvement à remontoir, bien que possédant l’outillage mécanique pour le faire. Les travaux d’ébauche ordonnés en vue d’apprendre à l’élève l’usage de la lime et du burin consistaient en mouvements ordinaires à clé, tels qu’on les faisait depuis 1862. On ne songeait point à initier l’élève aux combinaisons des mécanismes des remontoirs par l’exécution de ces pièces dont les proportions doivent être calculées d’après des données géométriques. À plus forte raison ne paraissait-on point disposé à lui faire étudier des mécanismes plus compliqués des montres à répétition, à secondes indépendantes, à quantièmes et phases de lune, chronographe, chronomètres, etc., travaux qui sont aujourd’hui exécutés de toutes pièces à l’École, en même temps que les dessins, qui en règlent la disposition et les proportions normales, en sont faits d’après les pièces elles-mêmes.

Sous sa direction, le programme de trois ans consiste en ces éléments:

Exécution de l’ébauche et finissage des divers calibres de montres à clé, à remontoir et compliqués ; les plantages des principaux échappements employés ; le sertissage des pierres : le repassage, réglage, et remontage des différents genres de montres ; le développement des principes nécessaires à la bonne exécution et au rhabillage des travaux d’horlogerie.

Palais du Trocadéro, construit pour l’exposition universelle de Paris, en 1878

En cette même année de 1878, lors de l’exposition universelle de Paris, Chopard apparaît comme un des neuf membres du jury pour attribuer les prix dans le domaine de l’horlogerie. A part Chopard, les autres membres du jury sont: E. Japy (France); J.B. Grandjean (Suisse); C. Saunier (France); T.W. Knox (États-Unis); D. Perret (Suisse); C. Frodsham (Angleterre); Redier (France); et C. Savoye (France). [2] Les noms illustres des autres juges démontrent la réputation dont bénéficiait Chopard à cette époque, dans le domaine international de l’horlogerie.

Le tour de Paul Chopard

Voici quelques photos des composantes du tour horloger ayant probablement appartenu à Paul Chopard, d’après l’estampille indiquée plus haut. Il est intéressant de noter que le mandrin à trois mors, est un outil américain de la compagnie D. E. Whiton Machine Co, de New London CT, qui date de la fin du XIXe siècle. Les autres outils et composantes semblent tous avoir été fabriqué de main propre, soit par l’horloger Chopard, dans un des ateliers de l’école d’horlogerie où il a longtemps oeuvré, ou plus probablement par un des excellents fabricants d’outils horlogers oeuvrant dans les alentours de Besançon au XIXe siècle (voir ci-bas).

La photo suivante montre toutes les pièces qui forment le deuxième outil représenté ci-haut, nommé “support à chariot”. Toutes ses composantes, en laiton et en acier, furent inspectées et nettoyées avant de ré-assembler l’outil, dans l’esprit de nettoyer ce tour ancien, et le restaurer si possible. Cet outil sophistiqué permet d’y attacher un burin pour enlever le métal de la pièce à travailler sur le tour, en déplaçant ce burin de façon très précise avec une manivelle calibrée. Toutes les pièces sont fabriquées très soigneusement, et démontrent la grande qualité des horlogers de l’époque, qui pouvaient concevoir non seulement des montres et horloges précises, mais aussi les outils nécessaires pour assurer la qualité et consistance des produits horlogers.

Dans le livre de Henry-Louis Belmont intitulé “La montre – Méthodes & Outillages de fabrication du XVIe au XIXe siècle” (édition Cêtre 1993), il présente plusieurs photos d’anciens outils horlogers, dont un (la planche VII dans son livre) offre des détails de fabrication similaires à certains éléments du tour de Chopard. Voici comment Belmont (qui est né à Besançon et a travaillé longtemps dans la firme d’horlogerie LIP, puis a mené sa propre entreprise YEMA) décrit cet outil: “d’une belle construction complet de ses 3 accessoires, ce burin fixe n’est apparu qu’une fois dans une trentaine d’années de prospection. Son constructeur reste inconnu alors que la finition de cette machine est remarquable.” Ceci suggère qu’il y avait au XIXe siècle d’excellents fabricants d’outil horlogers aux alentours de Besançon, et qu’un d’eux aurait probablement fabriqué les outils du tour de Chopard.


  • [1] Louis MAIRRY, Le Département du Doubs sous la IIIe République, Editions Cêtres Besançon
  • [2] Claudius Saunier, Revue Chronométrique 1878
  • [3] http://theses.univ-lyon2.fr/documents/lyon2/2015/briselance_c/pdfAmont/briselance_c_these_vol1.pdf

Ci-bas des photos des composantes du tour nettoyées, huilées, et ré-assemblées. Le but ici était d’afficher la majorité des composantes ensemble sur le support, bien que ceci ne représente aucunement une configuration pratique pour faire une tâche quelconque sur le tour.

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